Uriellu - Rio Cares

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L’état d’esprit est bon ce matin. Nous avons bien dormi et un magnifique lever de soleil embrase la brume permanente qui baigne les pics d’Europe. L’efficacité de notre duo s’est aussi améliorée, en une heure environ, le petit-déjeuner est pris, la tente pliée, les affaires rangées. On ne distingue que deux personnes qui ont pris la route avant nous, c’est notre petite fierté.

L’ascension est rude vers le refuge de Los Cabrones, et comprend l’un des passages chaînés décrits sur la carte, ainsi qu’une échelle pour passer un petit col. Le vent souffle à décorner les bouquetins, mais tout se passe bien. De l’autre côté, paysages chaotiques et désertiques, encore quelques tâches de neige.

À Los Cabrones, on nous sert un très sec sandwich au jambon, dont on dévore la moitié accompagnée d’un soda. Notre plan est désormais de rejoindre le refuge de Vega de Ario, mais bizarrement tout le monde fait les gros yeux quand on le leur explique…

Nous nous mettons pourtant en route, affrontant de nouveaux passages vertigineux, ainsi que quelques pierres bien tranchantes, rugueuses ou glissantes. Nos premiers doutes apparaissent dans un vallon, où la carte est catégorique : il faut prendre un chemin sur la gauche pour redescendre dans la vallée. Le chemin est là, mais à peine visible, guère plus que la trace du passage d’un troupeau. Nous le suivons, longtemps, jusqu’à déboucher sur une arête vertigineuse, cernée de part et d’autre par des vallées profondes.

Nous entamons la descente dans ce que les Espagnols nomment un “canal”. Ici, on peut oublier la notion de chemin, on descend un immense pierrier de plusieurs kilomètres, en se cramponant du mieux que l’on peut à ses bâtons, tout en évitant soigneusement les isards majestueux dont on traverse le domaine.

À mi-chemin, quelques grosses gouttes de pluie éparses viennent perturber notre progression. Quelques poignées de minutes plus tard, premiers coups de tonnerre, puis le déluge. On s’équipe, avant de continuer la descente. Plus nous approchons de la rivière que l’on doit franchir, plus la pluie s’intensifie et moins le chemin est visible. Enchevêtrement de ronces et de branches. Comment peut-il s’agir de la route officielle ? On vérifie et revérifie, tout concorde pourtant.

Enfin, épuisés, nous débouchons sur un petit pont qui enjambe ladite rivière, près d’une cascade. Il est dix-huit heures, nous n’irons pas plus loin. Mise en place du bivouac, baignade dans l’eau gelée, bon repas chaud. La joie qui nous avait quittés cet après-midi revient peu à peu, et nous arrivons tout de même à profiter de la soirée. Demain, nous monterons au refuge et de là, établirons un nouveau plan de bataille pour les jours à venir, en prenant en compte le temps qui se gâte.