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Alors que l’orage s’est déchaîné une bonne partie de la nuit à quelques kilomètres de notre campement, nous avons étonnamment bien dormi dans la moiteur tiède du sous-bois. Sortir de la tente à six heures, ce n’est pourtant pas facile ; tout est encore trempé d’hier, et il faut bien du courage pour enfiler nos affaires humides et glaciales. J’ai manifestement perdu mon muesli en route et c’est donc Étienne qui me ravitaille en brioche et fond de Maltesers fondus depuis longtemps.
Lorsque nous partons, nous découvrons avec désespoir que le chemin est aussi mauvais que celui d’hier. On glisse sur des petits cailloux et il faut sans cesse s’aider des mains pour accrocher les touffes d’herbes folles qui nous servent d’appui de fortune. Arrivés en haut, les Espagnols sont surpris de nous voir sortir de notre bourbier; « C’est haut ! » disent-ils.

Petite balade dans les gorges sur un large chemin facile, avant de repiquer de plus belle dans la broussaille, par un chemin que l’on ne pourrait imaginer plus pentu : 40 % de moyenne pendant trois kilomètres ! On croise quelques randonneurs, ce qui est rassurant, par rapport à hier. Un papy transporte son eau dans des bouteilles de Bacardi en verre, ça m’amuse.
Plus on monte, plus le sentier devient aérien et plus le vent se renforce. Arrivés à la roche de la crête, on se fait allègrement balader par le vent et il faut souvent se coucher contre la paroi pour attendre la fin de la bourrasque. Au passage du col, le ciel est noir et quelques gouttes viennent perturber encore nos plans. Pourtant cela ne dure pas et nous arrivons au très joli refuge de Vega de Ario sous un soleil franc.
Le déjeuner qui nous est servi est sans aucun doute le meilleur à ce jour, et nous nous en régalons, comme de coutume, accompagné d’une bière. Nous n’irons pas plus loin car à l’heure du dessert un violent orage éclate. Je monte la tente en quatrième vitesse ; nous finissons de manger dans la salle commune.
Détente dès les dernières gouttes tombées, lessive, douche, balade aux alentours et, sans que l’on s’en aperçoive, c’est déjà l’heure de l’apéro. Voilà une journée en forme de récompense pour tous nos efforts d’hier ; le moral est au plus haut. Un peu de réseau nous permet de vérifier la météo, qui semble plus clémente demain. Nous nous endormons confiants quant à cette avant-dernière étape qui nous attend.


