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Nous nous sommes fait littéralement brasser toute la nuit par un vent d’une puissance rare. Au loin, un orage nous a tenus en alerte, les éclairs se rapprochent-ils ? Finalement, à part le bruit effroyable de la toile de tente, tout a tenu, et je n’ai pas perdu de chaussette qui séchait au grand air.
Petit-déjeuner expédié, le souffle d’air qui monte de la vallée est déjà tiède à huit heures. Cette fois, nous essayons de partir vraiment plus tôt, pour éviter la chaleur de l’après-midi.

Les premiers pas se font à flanc de falaise, dans un immense pierrier dont on imagine tout juste la fin. Le genre de terrain dans lequel les chevilles s’échauffent en se tordant allègrement dans tous les sens. Après quelques névés et le passage d’un petit col venteux, changement complet de décor. De gros éboulis de pierre nous obligent d’abord à de larges enjambées et quelques prises complexes. Rapidement, ils se transforment en plaques et immenses rochers de pierre dure et coupante, qui déchirent à plusieurs reprises mains et vêtements.

A l’approche du deuxième refuge, Cabana Veronica, c’est un véritable jeu de funambule, où chaque faux pas menace de nous envoyer au fond de crevasses noires. Enfin arrivés, je peux souffler un peu et nous profitons d’un bon déjeuner pour discuter avec des marcheuses belges.

Lorsque l’on se quitte, nous avons pour plan de partir vers le refuge d’Uriellu, ce qui implique de traverser le massif dans sa longueur. A l’arrivée au début du sentier… Malheur, tout s’est écroulé, les chaînes sont arrachées et des éboulis recouvrent le sentier. J’avais eu vent de cette mésaventure, qui a eu lieu en 2023, mais j’étais sûr que les dégâts auraient été réparés depuis. Malheureusement, nous devons faire demi-tour, hors de question de jouer notre vie là-dessus.

Nous entamons alors un immense détour, par la voie “normale” de l’Anillo de Picos, qui est beaucoup plus facile, à travers une large vallée verdoyante. Au son des cloches de vaches, nous dévalons mille huit cents mètres pour descendre au très joli village de Sotres où nous arrivons, à la dernière minute, à réserver deux lits en auberge de jeunesse.

Nous sommes brûlés par le soleil et épuisés. Un bon repas en ville arrosé de bonne bière nous remet tout juste d’aplomb pour prendre une douche et laver nos quelques vêtements. Si tout se passe bien, demain nous dormirons à Uriellu et nous pourrons ainsi reprendre la suite de notre voyage comme prévu.
