Le début de la journée m’inquiète un peu. Il fait extrêmement froid ce matin, et je commence par une très longue traversée de Grenoble, dans des quartiers pas franchement sympas, sur une piste cyclable souvent interrompue.
Après quelques kilomètres, la piste disparaît complètement et je me retrouve sur une route trop passante à mon goût, avant de bifurquer, par bonheur, vers un petit axe secondaire à travers la campagne. Le ciel est très couvert et le froid si vif que je ne prends pas la peine de m’arrêter ou de faire des photos. Il faut attendre la fin d’une première longue montée pour que j’apprécie un beau morceau de lac qui attire mon attention.

Je redescends ensuite sur La Mure, où j’arrive transi après cette interminable pente. Il n’est que onze heures, mais je m’achète un déjeuner à base de tourte au porc mijoté et de chausson à la framboise. C’est sans conteste le meilleur repas de boulangerie du voyage. J’hésite à me resservir pour le goûter, mais… il s’agit de rester raisonnable.
Après ce joli village, je rejoins la rivière, très en contrebas, lorsque je découvre – misère ! – que la route empruntée par mon itinéraire pour remonter de l’autre côté est barrée. Au bout de quelques minutes de réflexion, je décide de passer : les travaux doivent se terminer le 4 novembre, j’imagine que la voie est praticable. Au prix de quelques portages lorsque des engins de chantier barrent le chemin, ça passe ! Ainsi, l’une des plus belles routes de ce voyage m’est offerte, sans voitures.
De l’autre côté de ce petit sommet s’étend le massif du Dévoluy, que je ne connaissais pas. Et quelle révélation ! J’ose à peine en croire mes yeux : des pics rocheux et des sapins immenses, dignes du Yosemite, bordent la route encaissée.
Autant que possible, je savoure les derniers kilomètres de cette aventure, car ils sont exceptionnels. Un ultime col vient doucher mon enthousiasme, et il me faut me remobiliser.

Enfin, la descente sur Gap est moins agréable, car elle se fait sur une grosse départementale. Mais la perspective de rejoindre mes amis pour dîner suffit à me faire ignorer cet inconfort. Une fois arrivé en ville, je m’offre tout de même une bière de la victoire, en l’honneur de ces quelque huit cents kilomètres.

Ce fut un sacré coup de poker que de partir aussi tard dans la saison. Mais quelle joie d’avoir pu profiter des couleurs de l’automne sous un ciel souvent radieux ! Alors que le train de nuit me ramène doucement à la maison, je me refais le film, une dernière fois, de tous ces paysages traversés avec bonheur.



