De Saint-Jean-du-Gard à Alès

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Un rapide coup d’œil derrière l’épais rideau bleu de ma chambre d’hôtel donne le ton de la journée : je marche ! Un beau rectangle de ciel azur se découpe au-delà des hauts pans de murs ocre de l’hôtel, et tout à coup ma déprime d’hier me semble ridicule. Je m’étonne encore aujourd’hui de l’effet que produit le soleil sur un randonneur.

Le sempiternel “gruau” est préparé et avalé en quelques minutes. La pièce est emplie de l’humidité dégagée par mes affaires trempées d’hier. J’aère, je range, j’ai hâte de partir. Le patron de l’hôtel me voit arriver en souriant : “alors, vous y allez ?”, je suis ravi de pouvoir lui dire oui. Moi ? Abandonner ? Mais quelle drôle d’idée m’est passée par la tête.

Le reste de ma ventrée d’hier me fait un beau pique-nique, mais pèse un peu lourd sur mon dos, qui commence à fatiguer de ces kilomètres accumulés. La pluie a duré toute la nuit et n’a cessé qu’au moment même où je me réveillais. Tout est trempé, le marché s’installe tranquillement, on y est bien content de ne pas le faire sous la pluie.

Toutes ces précipitations ont laissé des séquelles sur ce paysage vallonné ; de l’eau coule abondamment de chaque talus, de chaque repli de terre. On dirait que les collines vomissent leur eau. Sans surprise, le chemin est inondé. Mes chaussures sont encore trempées d’hier donc je m’en donne à cœur joie : les deux pieds dedans.

Cette portion n’est plus praticable avec un âne, c’est ce qu’annonce le topo guide. La raison en devient rapidement évidente, le chemin est sinueux, pierreux, abrupt. Parfois, de gros blocs de pierres barrent le chemin et il faut jouer des mains pour les franchir.

Mais enfin, une fois en haut, quelle vue ! Ce petit chemin serpente tranquillement le long d’une interminable ligne de crête boisée et offre des vues sur les Cévennes comme jamais encore je n’en avais eu. Et sous le soleil, en plus.

Pause-déjeuner au point culminant, à côté des tables d’orientation. Je prends mon temps, car rien ne presse, quand soudain surgit Gilles, avec qui j’ai passé la soirée au gîte avant-hier. Il est un peu à bout de souffle, c’est sûr que cette étape n’a rien à voir avec tout ce que nous avons traversé. C’est plus technique et il y a un peu plus de dénivelé.

Nous repartons ensemble, discutons un peu, puis je fini par le semer, il ne veut pas prendre de risques dans la descente. J’avais bien anticipé un peu de pluie dans l’après-midi et la voilà qui arrive à treize heures. C’est une bonne raison de se presser pour descendre sur Alès.

Sous-bois oubliables, quartiers déshérités, puis proche banlieue, centre-ville, gare. Il faut avoir randonné au moins deux ou trois jours en pleine nature, pour connaître la violence de ce retour à la réalité. Les odeurs, le bruit, les gens. J’aurais pu passer un peu de temps à Alès, mais lorsque j’arrive, je ne pense qu’à une chose : fuir !

Il est si tôt, à peine quatorze heures, que je peux prendre tout de suite un train pour Bordeaux. Je ne me fais pas prier, la route est longue, plus de six heures. Alors que je suis sur le quai de la petite gare, un orage éclate au loin. Un dernier regard vers les monts des Cévennes, ils sont noirs, perdus dans des nuages dont certains ont déjà crevé et qui arrosent à nouveau ces vastes collines.

Arrêt à Nîmes, je prends un bain de soleil brûlant. Puis arrive cet Intercités que je ne connais que trop bien, le Marseille-Bordeaux. Existe-t-il plus triste équipage que cette vieille locomotive et ses wagons à la moquette noire de poussière ? Heureusement, nous passerons devant Sète et je penserai à Brassens, ça me fera oublier ce maudit tortillard.

Au revoir, Stevenson, et merci !